C

C'EST LA VIE..! 20 OCTOBRE 2000

 

 Copyright © 2000 Josée Blanchette

 

 SOUS LES ÉTOILES DE LA PATAGONIE

 

 Josée Blanchette
* * *

Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un côté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre

Serge Reggiani

 

Virée australe au sud du silence 

 

 Puyuhuapi- Patagonia

 « Ah vastitude de pins, rumeur de vagues se brisant,

lent jeu de lumières, cloche solitaire,

crépuscule tombant dans tes yeux, poupée,

conque terrestre, en toi la terre chante! »

Pablo Neruda

   

 Vous prononcez simplement le mot «Patagonie» en appuyant bien sur la première syllabe plutôt qu'en insistant sur l'agonie du voyage que déjà, dans leurs yeux de garçons qui ont lu tout Beagles, Bob Morane et mitraillé des tas de G I Joe à bord de Jeep en plastique moulé, défilent des paysages à vous flanquer le mal du pays. Mal du pays rime avec Chili, mais la Patagonie couvre aussi tout le sud de l'Argentine. Essayez, vous verrez, même avec ceux qui portent des chemises roses ça fonctionne, la Patagonie est l'une des dernières destinations d'aventure à la mode, aussi sauvage que dépeuplée, capable de faire augmenter le taux de testostérone dans leurs veines. Et pour les amateurs d'altitude, le Chili compte 80% de montagnes et 100% de Chiliens. Seulement 2% d'entre eux (ils sont 16 millions) ont élu domicile en Patagonie et les rares touristes qui s'y risquent se métamorphosent en reporters pour le compte du National Geographic, se font pousser la barbe, se convertissent aux empanadas et se mouchent sans Kleenex.

  Seul son masseur le sait

La Patagonie, ce sont des extrêmes mis bout à bout, un puzzle à laminer une fois terminé, sur 1,200 kilomètres d'un continent qui tire à sa fin. On prétend que Dieu a balancé ici tous les restants de la création : des forêts tropicales mais aussi un «désert vert», pour reprendre les mots de Darwin, la mer et les montagnes, des eaux thermales qui sourdent des profondeurs du sol entre 40 et 50 degrés, poches d'eau pure réchauffées par des volcans encore en activité (un chaque deux kilomètres au Chili). Pour vous servir, on a aussi des tremblements de terre potentiels, des dangers moins frileux qu'un popsicle, sous forme d'icebergs, des glaciers millénaires qui s'effondrent avec fracas -et dont il ne subsiste pas grand chose hormis quelques glaçons à mettre dans le whisky because l'effet de serre- et d'Antarctique frissons possibles sous le regard placide des pingouins. La Patagonie offre aussi quantité de parcs nationaux où user ses bottes de trecking, des saumon réputés combatifs et qui n'ont jamais vu voler une mouche de leur vie. Avis aux pêcheurs sportifs. Curieusement, on y trouve aussi tout son contraire, de quoi remettre les compteurs à zéro pour ces couples de professionnels stressés qui ne rêvent que de macérer dans ses nombreuses eaux thermales, plus pures que des promesses électorales, fussent-elles canadiennes et chrétiennes.

  J'ai subi 17 heures de transport aérien, 2h30 d'autobus et 5 h de catamaran à me frotter les yeux pour y croire avant d'arriver à Puyuhuapi, mais je suis comme la môme Piaf dans sa folie : je ne regrette rien. L'endroit rappelle la côte ouest canadienne, le printemps est bien installé mais le fond de l'air est frais et les montagnes sont encore recouvertes de neiges moins éternelles que mon sourire de gratitude. Les eaux de la Patagonie proviennent du ciel avec 300 jours de pluie par an, de la mer et des entrailles de la terre, cette eau thermale brûlante et balsamique. Puyuhuapi est un temple de l'eau tenu par une famille germanique, entre forêt tropicale et fjords enneigés, tout ce qu'il y a de luxueux, de confortable, de reposant, d'inspirant, le clou de ce voyage initiatique «al sur del silencio».
  Ces enfants illégitimes de Cousteau consacrent leurs heures de veille et de sommeil à explorer les glaciers, la pampa, la toundra, la cordillère des Andes, les fjords couverts de neige se mirant dans une mer pacifique de son état. Dans cette nature étrangère à la pollution, les lacs de montagnes sont retenus dans un écrin où pullulent les truites, où viennent s'abreuver les chevreuils des Andes et où se meurent en secret quelque espèce en voie de disparition. Émules de Bernard Voyer, les écotouristes s'inventent des épopées et mille misères sur la carretera australe (faudrait plutôt parler de sentier par endroits), à la recherche de véritables sensations fortes que leur guide du Routard évoquent avec un léger désabusement propre à ceux qui en ont marre d'aller encore à Paris cette année.  Voilà, j'y suis, au spa de Puyuhuapi, en compagnie de mon massothérapeute, Joël Muzard, tripoteur d'eau douce et psychologue privé pour les intimes, Français d'origine, Chilien depuis l'enfance, Québécois à temps partiel. Dans le plus pur style «riche-bobo-revenue-de-tout-mais- s'émerveillant- encore- d'un-rien-pourvu-que-ce-soit-loin-et- terriblement-authentique», il ne me reste plus qu'à profiter de cette offre d'aqua-thérapie sous les étoiles de la Patagonie en espérant écoeurer tout mon entourage au retour, la récompense ultime du voyage. Joël prépare un programme de gestion du stress aux thermes de Puyuhuapi et s'est mis en tête de me faire goûter aux eaux du Chili.

  Bain de minuit sous les constellations les plus connues de ce bout de ciel infini; elle se nomment croix du sud, toucan, oiseau de paradis, couronne australe, même les yeux fermés. Elles sont toutes là à briller dans le noir, tellement nombreuses que le Chili compte plus d'observatoires que partout au monde. Dès que j'entrouvre les paupières, entre deux manipulations sous-marines de mon thérapeute aquatique, j'essaie de capturer leur magie à des milliers d'années lumière. Joël danse autour de moi comme un tonina, ce joyeux petit dauphin austral. Je suis à mon tour volcan passif, algue heureuse, ciel étoilé, aurore australe et tout cela à la fois. Les yeux fermés ou ouverts je fais un voyage intérieur bercée par le murmure de ces eaux claires où s'évanouissent les troubles. Pari tenu, je deviens cette étoile filante s'éteignant dans la nuit de Puyuhuapi. Comme l'eau qui «gyre» à l'envers dans les lavabos de la Patagonie, ma vie semble avoir un autre sens. Et tous mes sens veulent s'y rendre.

Pour renseignements : www.a-i-a.com/puyuhuapi

 


 

 Pris : connaissance du programme de gestion du stress au Chili offert par le psychologue Joël Muzard. Prochain départ fin février ou début avril, donc fin de l'été début de l'automne au Chili. Le programme comprend 3 ou 4 jours aux thermes de Puyuhuapi, une balade à cheval absolument spectaculaire dans la pré-cordillère, la visite des vignes de Santa Rita, une visite de Valaparaiso. On a fait sauter la visite des glaciers, heureusement pour vous, c'est d'un ennui total pour des Québécois gelés. Le coût du séjour est de 2,749 USD en chambre simple et 2,177 USD en chambre double. Le billet d'avion est en sus, comptez environ 1,000$ canadien. Pour renseignements : www.a-i-a.com/puyuhuapi.

 Revu : le spectacle de la chanteuse brésilienne Bïa au Lion D'Or. Cette fille redonne un sens à la vie et la musique. J'ai pleuré au moins trois fois. Ses musiciens sont de véritables pros et elle vous réserve quelques belles surprises montréalaises sur scène. À ne pas rater! Ma mère, qui m'accompagnait, est tombée en amour avec Bïa. Il reste des billets pour ce soir et demain (pas beaucoup). Renseignements : Georges Laoun, 514-844-1919

Assisté : à un spectacle au Planetarium de Montréal. J'espérais que la pédagogie avait un peu changé depuis mes excursions scolaires obligatoires d'il y a trente ans. Tristes étoiles dans un ciel de béton armé. La Ville de Montréal possède là un instrument qu'elle gère comme une piscine publique. Trop de chlore.

Loué : Il Postino avec Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neruda. J'ai visité la maison du célèbre prix Nobel de littérature chilien à Valparaiso. Sa maison est une véritable poésie en trois dimensions. Si jamais vous passez par là...

 Syntonisé : la première chaîne de Radio-Canada vendredi soir dernier pour écouter Neruda lu par Pierre Falardeau. Désolée de vous avoir enduit dans l'horreur (deux Français qui se gargarisaient littérature), c'était à la chaîne culturelle. J'ai encore la tête au Chili.

Reçu : un très beau livre qui plaira à tous les Bob Morane en puissance. À défaut de leur offrir la Patagonie, vous pouvez les faire rêver avec «Les splendeurs de la nature» (Gründ) de Robert J. Moore, un historien passionné par les beaux-arts et le cinéma. Il nous fait visiter les quatre coins du monde, y compris les Andes, l'épine dorsale du continent, la Patagonie, l'Antarctique, la Terre de Feu. Les photographies sont très fidèles à la réalité. Difficile. Je le sais, j'ai raté les miennes.

 

Copyright © 2000 Josée Blanchette

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 LE SURVIVANT 

   

 Feuilleton reality vraiment vrai

Les lecteurs se prononcent sur la candidature des prétendants qui répondent (ou ont répondu) à l'annonce suivante :

«Femme avec entregent cherche homme avec entrejambe. Mais encore? Professionnelle spécialisée dans l'art de vivre, fausse blonde, vrais yeux bleus, svelte, sémillante, sensuelle, cordon-bleu, 37 ans, sans enfants. Échangerais ambitions de carrière contre luxe, calme et voyages en Patagonie. »

 Expédiée dans un spa en Patagonie par un prétendant transis d'espoir et se présentant comme un «miniaturiste», l'aventurière de ce feuilleton a retrouvé un printemps salvateur, s'est mise la tête et le coeur à l'envers, troquant le 45e parallèle nord pour le 45e parallèle sud. Un extrait de son journal de voyage :

«Ah la Patagonie, on m'y reprendra! Ça fait loin le cul du monde, el poto del mondo comme on dit ici, pour se faire poser un lapin, chilien j'en conviens, mais lapin tout de même. Pas de trace du miniaturiste, si ce n'est une lettre. Aller rencontrer une absence par écrit et sans explication justificative de surcroît, c'est du romantique le plus consommé. Mais s'imaginer que chaque homme qu'on croise dans ce spa nous observe en catimini, préférant jouer l'hôte anonyme, ça vous rend un rien paranoïaque. Est-ce ce chauve ventripotent, plus poilu dans le dos que dans les oreilles, immergé dans l'eau chaude d'un des jacuzzi depuis vingt minutes? Est-ce plutôt ce grand blond aux allures frileuses, enfilant sa robe de chambre avec l'empressement d'un naufragé allemand? Ou est-ce encore ce Chilien à la mine sombre qui n'a jamais détourné les yeux lorsque je croisais les siens? Si bien que je lui ai lancé un : « Miniaturista? » plutôt hardi qui m'a valu un regard froissé et une réponse en argot du pays qui ne figurait pas dans mon livre de conversations espagnol. Les machos chiliens n'apprécient guère ce genre d'allusion peu flatteuse pour ce qu'ils ont de plus cher au monde, leur virilité.

 Bien en vue sur l'oreiller dans ma chambre, cette foutue lettre écrite sur le papier à en-tête de l'hôtel, n'avait rien pour m'éclairer:

« Vous!? Est-ce bien vous seulement? Tout ce temps passé à me demander ce que vous étiez devenue! Que je vous rafraîchisse la mémoire puisqu'IL nous a relancés : nous nous y sommes déjà retrouvés, mais oui, en Patagonie! Rappelez-vous : la révolution!

Tout autour, matraque relevées, la police. Puis des cris, la bousculade après la charge, très vite je vous saisis par le bras, votre corps suit, hop! Vous voilà à l'abri

B.F. nous avait fait rencontrer là-bas; oh, caprice d'écrivain : Les Rats. Cela vous dit quelque chose n'est-ce-pas?

Mais était-ce bien vous seulement? N'étions-nous pas et ne le sommes-nous pas encore le fruit de SON imagination? Pourrait-il en être autrement, maintenant que vous savez qui je suis, et de qui nous voilà à la merci»

Le héros

Encore un coup de Pierre-Karl Péladeau, j'en suis certaine maintenant. Me voilà à la merci du groupe Québécor. Ce gars-là a déjà été marxiste, ne l'oublions pas. De la graine de révolutionnaire en cravate. Je rentre à Montréal, plus perplexe que séduite. À moins que tout ça ne soit l'invention pure et simple d'un grand blond au show sournois

Réagissez en écrivant à :

Survivant@ledevoir.com

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 Pour renseignements : www.a-i-a.com/puyuhuapi.    retour a la Table des matières